Introduction à
sa pensée
Colloque 2016 Montréal : Jésus a-t-il encore un avenir ?

 

Jésus et Lonergan

Jean-Marc Gauthier

Me voici en réacteur... comme quelqu'un qui ré-agit à une action précédente

Ré-acteur, le mot le dit sans oser le signifier dans le dictionnaire... c'est en fait un acteur qui donne la réplique à un premier acteur, à de premiers acteurs dans une pièce qui se joue.

Pas une analyse ou une critique du discours des acteurs précédents mais une réplique pour que le drame qui se joue dans la pièce prenne corps sinon vers un dénouement du moins ouvre une voie, un chemin qui permette d'aller plus loin dans la mise en scène.

Le sujet de la pièce qui se joue aujourd'hui, c'est l'histoire d'un homme qui a vécu il y a 2000 ans environ, un peu plus en fait. Il serai né, dit-on, vers l'an 4 ou 5 avant Jésus-Christ et serait mort en l'an 30 après J.C... dit-on.

Jésus de Nazareth, en fait Jéschoua de son vrai nom (car c'est de lui qu'il s'agit) serait né quelques années avant Jésus-Christ, figure officielle du calendrier qui a pris son nom en le rendant prestigieux. Mais dans ce décalage historique se profile déjà toute la question qui nous préoccupe aujourd'hui. Ce Jésus passé et historique a t-il quelque chose à voir avec ce Jésus-Christ vénéré, cru, officialisé et institutionnalisé... divinisé? Est-il signifiant pour nous aujourd'hui, a-t-il encore un avenir?

Ce Jésus, un homme de Galilée qui semble avoir marqué son temps par ses paroles (en annonçant le Règne de Dieu) dit-on dans les Évangiles synoptiques) et ses gestes (en faisant le bien dit-on dans les Actes) est mort en Judée, à Jérusalem en fait, condamné à mort par le pouvoir romain de l'époque avec l'appui du pouvoir religieux judéen qui contrôlait le Temple avec ses enjeux économiques et sociaux. Cet homme est mort crucifié car c'était la façon des Romains de mettre à mort à l'époque ce genre de monde. À d'autres époques, il serait mort pendu, décapité, guillotiné, écartelé ou mis sur une chaise électrique. C'est la Croix qui l'a emporté dans son histoire avec son surcroit de souffrance et son surcroit de mystique... ou de mystification. (C'est selon)

On se demande aujourd'hui avec Louis et Pierre comment rencontrer ce Jésus alias Jésus Christ et si ce Jésus a de l'avenir.

Je reviens donc aux discours de ce matin pour dire d'abord mon appréciation. Dans la présentation de Louis, j'ai bien reconnu le grand et bon connaissant de Lonergan qui nous initie à la méthode i.e. au bon chemin pour rencontrer quelqu'un de façon signifiante et aimante. Et l'on sait à quel point c'est demandant de bien rencontrer quelqu'un, que la bonne méthode n'est pas donnée à l'avance. Il faut s'y aventurer de façon méthodique en étant ouvert aux surprises de la découverte intelligente et aimante. Eureka j'ai trouvé! C'est bien lui et je l'aime. Mais avec Jésus devenu Jésus Christ le chemin de la rencontre et de la découverte est complexe. Pour en arriver à dire "je connais cet homme" (contrairement à l'apôtre Pierre)... je connais vraiment cet homme, c'est bien lui, j'aime vraiment cet homme, cet homme de Galilée dont certains ont dit qu'il était ressuscité d'entre les morts, qu'il était apparu bien vivant à... et à.... Cet homme de Galilée dont on a, avec le temps, dit qu'il était le Fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, consubstantiel au Père, deuxième personne de la Trinité et avec tout ça ... Sauveur du monde (Jeschoua = Dieu sauve). Jésus Christ. On lui en a beaucoup mis sur le dos, en plus de sa croix, à l'homme de Nazareth, en Galilée.

Et pourtant, tout ce qu'on lui a mis sur le dos fait partie de son histoire, maintenant. Le "Jésus de l'histoire" (comme on l'appelait dans les cercles exégétiques et théologiques pour le mettre en lien ou en opposition avec le "Christ de la foi") ne peut être séparé de l'histoire que l'on a raconté à son sujet en le reconnaissant comme Messie, Seigneur, fils de Dieu, deuxième personne de la Trinité, etc., ne peut-être séparé de l'Histoire de l'Église, de l'Histoire du monde dans lequel il est inséré... pour le meilleur ou pour le pire.

Quand Louis nous parle de la rencontre de Jésus Christ (et du chemin "trinitaire", disons à trois voies, à prendre pour le rencontrer) c'est à toute cette "histoire de Jésus" qu'il nous appelle, je pense. Mais c'est cela, justement qui est problématique. Je résumerais le problème avec cette phrase en apparence humoristique et pourtant historique. "Jésus est né 4-5-6 ans avant Jésus Christ et est mort 30 ans après Jésus Christ'".- Et pourtant, croit-on: Il est toujours vivant. Et là je pourrais embarquer dans le train de Pierre Robert et me réjouir avec lui que Jésus a de l'avenir. Mais je ne veux pas aller trop vite. Je voudrais revenir à l'aspect problématique de la rencontre de Jésus, alias Jésus Christ. Avec Louis. Je souscris à cette méthode à trois voies pour rencontrer Jésus Christ mais je pense qu'il faut dramatiser le processus et non seulement le problématiser. La troisième voie appelée affectivité est en fait le chemin de l'amour très concret qui se bute à toues sortes de résistance et finalement à la violence meurtrière. Pour nous, ce n'est pas seulement la voie de cet homme Jésus alias Jésus Christ mais c'est la solidarité avec celui qui a affronté amoureusement, si j'ose dire, une certaine humanité (à travers certains humains typiques) qui le mettait à mort violemment, cette humanité qu'il a critiquée et contestée mais à qui il a pardonné. "Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font". Je pense personnellement que ce n'est pas la mort violente de Jésus (ni sa passion assumée) qui sauve l'humanité mais le pardon qu'il accorde à ses meurtriers... et l'Amour indéfectible de Dieu qui redonne vie au Fils bien-aimé... et qui serait prêt à redonner vie aux meurtriers s'ils s'ouvraient à la Vie.. Il y a ici un grand mystère, je pense.

Je pense aussi qu'il ne faut pas, dans toute cette dramatique, perdre de vue l'humanité très concrète de Jésus. J''aime à penser que c'est Jésus, l'homme de Galilée, qui, sur la croix, pardonne à ses frères judéens de l'avoir mis à mort, peut-être aussi aux romains, représentant l'ensemble de l'humanité étrangère. Même si on peut croire que pour pardonner de la sorte il faille déjà être Ressuscité. Jésus, l'homme de Galilée, est le Ressuscité: Jésus Christ.

Je pense et je crois qu'on rencontre Jésus Christ pleinement quand on participe avec lui à l'Amour de Dieu qui pardonne et ressuscite.

Pause chanson: L'homme de Galilée

Jésus et son avenir

Avec Pierre je continue à dire que Jésus a de l'avenir. Il est porté dans l'histoire, la pensée et le coeur de beaucoup de monde, de gens qui disent le connaître et le reconnaître et qui croient en Lui.

Mais on revient à la question. Mais Lui qui est-il? Nous sommes confrontés au mystère christologique porté par une Église que Pierre reconnaît si bien.

Le dogme christologique affirme que Jésus est " vrai Dieu et vrai homme". Cela, bien sûr, est toujours à repenser et à croire nouvellement. À notre époque, pour y donner sens et faire en sorte que Jésus ait de l'avenir en notre histoire concrète, il faut retrouver pleinement l'humanité de Jésus. Car le danger qui nous guette toujours, c'est d'oublier l'humanité de Jésus et de renouer avec la première hérésie majeure de l'histoire du christianisme: le docétisme. On y affirmait que Jésus n'était humain qu'en apparence. Il n'était pas "vrai homme", pas vraiment humain.

Avec cela en tête, je reviens à la présentation de Pierre. Je ne reprendrai pas tout ce qu'il a si bien dit et de façon si pertinente mais je vais le questionner sur son terrain, d'abord celui de Joseph.

Le mont St-Joseph est déjà une belle approche du monde et je souscris à tout ce que dit Pierre. Mais je veux revenir à Joseph le père adoptif de l'homme de Galilée. En y repensant, l'homme de Galilée important dans l'histoire de Jésus a été Joseph, cet homme sans histoire qui a marqué celui qui a marqué l'Histoire. Il y aurait tant à dire sur cet homme qui a dû marquer la personnalité de Jésus. Pierre, joséphologue accompli, sait bien mieux que moi toute la complexité d'en dire quelque chose de pertinent. Si Jésus est vraiment humain, qu'a-t-on à dire sur l'homme concret et historique, Joseph, qui a marqué son histoire et sa personnalité? Qu'il ne soit pas son père biologique n'est pas sans importance théologiquement mais on ne serait pas fidèle au dogme christologique ("vrai homme", vraiment humain) si l'on n'affirmait pas qu'il y a un homme historique qui a marqué la personnalité de Jésus, un "père historique et humain", Joseph.

Cela m'amène à parler de la personne de Jésus, "le plus humain parmi les humains" comme le rapporte Louis, "la plus importante personne", comme le dit Pierre.

On pourrait reprendre les vieux débats sur la personne de Jésus. Personne divine ou personne humaine. Une personne en deux natures, divine et humaine. Mais la personne est divine, deuxième personne de la Trinité qui habite, dit-on, l'être historique de Jésus de Nazareth, l'homme de Galilée.

Je connais la position classique sur le sujet, dont celle de Lonergan. Je sais aussi que des théologiens, dont Joseph Moingt, jésuite centenaire, essaient de réconcilier la personnalité humaine de Jésus et sa personnalité divine. On peut quand même se poser cette question: Est-ce que la personnalité de la deuxième personne du Dieu trinitaire ne se jouerait pas toute entière dans la personnalité de Jésus de Nazareth, l'homme de Galilée. Ce serait là un grand mystère, bien sûr, mais un mystère digne de notre époque et qui ferait que Jésus ait encore un avenir, en fait un avenir éternel... dans notre histoire. Ou un avenir historique dans l'Éternité de Dieu.

Enfin, je vous pose une question: Si la 2e personne de la Trinité se retrouvait cachée dans celui ou celle qui a faim, dans celle ou celui qui a soif, dans cette étrangère ou de cet étranger, migrante ou réfugié, à accueillir... à notre époque?

En fait je vous parle du fameux texte de Mt 25.

Et je fais l'hypothèse, avec Lonergan, qu'il est plus urgent de penser l'économie que la christologie, en tout cas de penser l'économie dans une perspective de Mt 25, de repenser la christologie dans une perspective de Mt 25. Une christologie ou Jésus est caché dans celle et celui qui a faim et soif, dans l'étrangère et le réfugié à accueillir...

Et que ce Jésus a du sens, de la valeur et du poids dans l'immensité de l'Amour de Dieu... et dans l'histoire des humains qui cherchent à survivre sur cette terre qui puisse les nourrir et let leur donner à boire.

L'Eucharistie économique.

L'homme de Galilée et Le Dieu en Galilée.

Le Ressuscité dit: je vous précéderai en Galilée



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