Introduction à
sa pensée
Colloque CCCM 2017: La pertinence de la Trinité aujourd’hui : Dieu et les religions

 

Darren Diaz

Les organisateurs de cette conférence ont choisi pour thème la pertinence de la Trinité dans la relation entre Dieu et le monde aujourd’hui. Je veux aborder cette question en trois volets. Premièrement, je rappellerai l’hypothèse en quatre points de Lonergan concernant l’analogie psychologique. Cette partie vous paraîtra très technique si la pensée de Lonergan ne vous est pas familière, et je m’en excuse. Je ferai appel à des écrits de Lonergan et aux travaux actuels de Robert Doran dans ce domaine. Deuxièmement, j’exposerai la théologie des missions divines de Lonergan, et en particulier son propos sur le rôle de l’Esprit Saint. Enfin, je traiterai de la pertinence de l’hypothèse en quatre points et de la coexistence de traditions religieuses multiples. Je conclurai en soulevant d’autres questions pour alimenter la recherche et la réflexion.

1) L’hypothèse en quatre points

Quatre relations réelles :

La paternité

La filiation

La spiration active (le souffle de l’amour)

La spiration passive (l’amour insufflé)

Les trois personnes divines :

Père

Fils

Esprit

Deux processions :

Génération
Spiration

Un Dieu trine

Compréhension zéro (ajout de Lonergan)

L’hypothèse en quatre points

« Il y a quatre relations divines réelles, réellement identiques à la substance divine, et par conséquent il y a quatre modes très spéciaux qui fondent l’imitation externe de la substance divine. Et il y a quatre réalités absolument surnaturelles, qui ne sont jamais sans forme, soit l’acte second d’existence de l’incarnation, la grâce sanctifiante, l’habitude de la charité et la lumière de la gloire. Il ne serait donc pas inapproprié de dire que l’acte second de l’existence de l’incarnation est une participation créée de la paternité et a donc une relation spéciale avec le Fils; que la grâce sanctifiante est une participation de la spiration active, et a donc une relation spéciale avec l’Esprit Saint; que l’habitude de la charité est une participation de la spiration passive, et a donc une relation spéciale avec le Père et le Fils; et que la lumière de la gloire est une participation de la filiation, et ramène au Père de manière très parfaite les enfants de l’adoption (Triune God – Systematics, 473)

Processions

Génération ---- le Père engendre le Fils

Analogue à la dynamique du concept (Verbe) qui procède de la compréhension

Spiration ----- le Père et le Fils insufflent l’amour qui est l’Esprit Saint

Analogue à la dynamique de l’amour qui procède de ce concept

Relations

Paternité : du Père --- au --- Fils

Filiation : du Fils --- au --- Père

Spiration active : Père + Fils --- vers --- l’Esprit

Spiration passive : L’Esprit --- vers --- le Père + le Fils

Personnes

Père, Fils et Esprit (NON Père. Fils, Spirateur, Esprit)

Constitués comme personne en vertu des relations d’opposition

Reliés l’un à l’autre par circumincession

« En raison de leurs relations interpersonnelles, les personnes divines ne sont pas seulement reliées l’une à l’autre, mais également constituées comme personnes » (Lonergan, Triune God: Systematics, 325).

Le Père est Paternité

Le Fils est Filiation

L’Esprit est Spiration passive

Missions

Reliés à nous par les missions divines.

Une mission (être envoyé par le Père) a pour but d’établir et de confirmer une relation

Tant la mission du Verbe que celle de l’Esprit ont des dimensions visibles et invisibles

Prédication contingente

Lorsque nous prédiquons grammaticalement quelque chose de Dieu, un grand nombre de ces prédications lient implicitement Dieu aux objets créés

« Dieu est Créateur » implique une création. La Création est logiquement nécessaire pour que cet énoncé ait une signification.
« Dieu est Rédempteur » implique le besoin de rédemption de quelque chose. L’objet de la rédemption est logiquement nécessaire pour que cet énoncé ait une signification.
De telles formulations n’imposent aucune nécessité causale à Dieu; elles n’impliquent pas que Dieu devait créer ou devait sauver. Et elles ne confèrent aucune priorité temporelle aux termes créés.
Ces formulations impliquent simplement un (ou plusieurs) terme (s) conséquent (s), créé (s) comme lié (s) logiquement aux actions de Dieu en relation à la création
La prédication contingente nous fournit une façon signifiante de parler du « terme propre dans les créatures » de chaque mission divine
« La Trinité de l’économie est la Trinité immanente liée aux termes extérieurs créés »

Participation créée dans la paternitéIncarnationParticipation créée dans le Fils (comme terme de la Paternité)
Participation créée dans la FiliationLa lumière de la gloireParticipation créée dans le Père (comme terme de la Filiation)
Participation créée dans la Spiration activeGrâce sanctifianteParticipation créée dans l’Esprit (comme terme de la Spiration active)
Participation créée dans la Spiration passiveHabitude de la charitéParticipation créée dans le Père + le Fils (comme terme de la Spiration passive

Imitation et participation

L’hypothèse en quatre points nous fournit un moyen de parler de façon signifiante de l’imitation et de la participation aux relations d’amour qui sont la Trinité immanente, de même que des missions du Verbe et de l’Esprit. Elle fournit des outils significatifs, explicatifs pour formuler non seulement l’œuvre du salut de Dieu dans l’histoire, mais aussi notre participation dans la venue du Royaume de Dieu par notre imitation des relations divines.

Robert Doran :

« La Parole que le Père énonce de toute éternité est « Dieu est amour ». Le Fils est cette Parole. L’Esprit ‘entend’ cette Parole et ‘prend acte’ de la vérité de cette Parole dans l’amour. La réception de la faveur divine, de la grâce qui nous rend agréables à Dieu (gratia gratum faciens, selon l’expression médiévale) [la grâce sanctifiante] est la réception de notre propre amabilité aux yeux de Dieu, une amabilité qui nous permet d’aimer avec l’amour même du Père et du Fils, et d’’insuffler’ la charité d’une manière analogue à la manière dont le Père et le Fils ‘insufflent’ le Saint-Esprit » (The Trinity in History II Draft, 16).

« La charité qui est ‘insufflée’ par la réception de l’amour qui opère une spiration active, c’est-à-dire, par ce que la théologie métaphysique appelle ‘la grâce sanctifiante’ est l’amour de Dieu qui offre le don de l’amour. C’est l’amour qui s’exprime par une mémoire reconnaissante du don et un retour au don. C’est une participation créée dans la spiration passive et une imitation de la spiration passive, l’Amour divin qui procède, c’est-à-dire l’Esprit Saint » (Ibid., 17).

« La charité est une habitude infuse, ou peut-être, si l’on veut employer la terminologie plus moderne de Lonergan, une disposition infuse, antécédente à un cercle ou un schème d’opérations conséquentes au fait que nous ‘entendons’ la Parole de l’amour divin, qui est la base créée d’une relation créée au Père et au Fils incréés, qui par conséquent demeure aussi en nous comme les termes non créés de relations créées. La charité est, selon Lonergan, l’état dynamique d’être en amour avec Dieu. Comme il s’agit d’une relation au Père et au Fils, elle imite l’Esprit Saint, qui est une relation non créée d’une spiration passive, un Amour qui procède non créé, par rapport au Père éternel et au Fils qui ensemble effectuent la ‘spiration’ de l’Esprit de leur amour mutuel » (Ibid.).

« Chez les chrétiens, cet amour de Dieu en retour est une amitié avec le Verbe incarné, qui nous relie dans une espérance transcendante au Père. Chez ceux à qui le même don a été offert mais sans l’objectivation qui vient de la foi trinitaire et christologique, nous pouvons parler de ses manifestations dans des dispositions telles que l’amour de la sagesse et de la transcendance qui nous relie à l’ultime, une transcendance manifeste de diverses manières dans les différentes religions du monde et souvent dans les relations séculières mêmes. Dans l’un ou l’autre cas, on peut dire que la foi et l’espérance accompagnent la charité qui répond au don : la foi comme connaissance née de l’amour, et donc comme participation au Verbe envoyé invisiblement et insufflant l’amour en retour, et l’espérance comme relation à l’origine transcendante de tout, le Père » (Ibid.).



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