Introduction à
sa pensée
Colloque CCCM 2017: Trois personnes en un seul Dieu : qu’est-ce que Bernard Lonergan en dit?

 

Brian McDonough
-directeur, Office de la pastorale sociale, Archevêché de Montréal

 

Mon but est de présenter la contribution de Bernard Lonergan à la compréhension du mystère d’un Dieu trinitaire. (C’est toute une tâche!) Mon point de départ sera une question relevant de la compréhension : « Qu’est-ce que la formule – trois personnes en un seul Dieu -- peut signifier? » Je vous propose alors une démarche qui s’inscrit dans la fonction de la systématisation, mais j’aurai aussi à faire référence à la fonction de l’établissement des doctrines, car celles-ci demeurent importantes dans une théologie qui voudrait servir de médiation entre la religion et notre culture. Les dogmes de l’Église constitueraient, selon Lonergan, les conditions qui permettent aux croyants « de vivre dans un monde médiatisé par la signification1. »

Rappelons que, dans le schéma proposé par Bernard Lonergan dans son ouvrage Pour une méthode en théologie, la systématisation dépend de la fonction qui la précède, celle de l’établissement des doctrines, où l’on répond à la question « Est-ce que la doctrine reflète la réalité? Est-ce qu’elle vraie? » À cette question, la personne raisonnable croyante est invitée à dire oui. Un tel assentiment, écrivait Lonergan dans l’Insight (pp. 732-733), permet à cette personne de participer à la collaboration en Église pour la réalisation de la solution de Dieu au problème du mal dans le monde. L’adhésion aux vérités transmises par les traditions de l’Église -- l’assentiment intellectuel aux vérités qui ne sont pas immédiatement accessibles par la raison humaine – ferait alors partie de la solution divine au problème du mal.

La doctrine de la Trinité constitue certainement une de ces vérités que la personne raisonnable croyante est invitée à accepter2. Et Lonergan, dans un volume dédié à la partie dogmatique de son étude magistrale De Deo Trino, énoncera ce à quoi il donne -- comme catholique -- son assentiment et pourquoi. Rappelons les éléments principaux de cette doctrine, tels que formulés lors des grands conciles et repris dans le Credo : 1) La consubstantialité du Fils avec le Père; 2) la divinité de l’Esprit Saint; 3) les trois personnes consubstantielles distinguées par leur propriétés relatives; 4) la procession de l’Esprit du Père et du Fils unis; et 5) la profondeur du mystère lui-même qui dépasse toute capacité humaine pour le saisir3.

L’acceptation d’une telle doctrine suscitera normalement chez une personne intelligente et raisonnable le désir de comprendre sa signification, même si le mystère qu’enrobe cette doctrine dépasse ses capacités rationnelles. Lonergan rappelle l’enseignement du premier Concile du Vatican à l’effet que la raison peut, par le don de Dieu, atteindre une certaine compréhension des mystères cachés en Dieu par analogie de ce qu’elle connaît naturellement.

Depuis les premiers siècles de l’Église, des théologiens ont eu recours à des analogies pour tenter de comprendre la Trinité. Pensons à saint Patrick qui a eu recours au trèfle, que des Québécois d’origine irlandaise comme moi arborent fièrement le 17 mars4. Les présentations étoffées offertes par Augustin et par Thomas d’Aquin ont certainement facilité l’intégration des affirmations du Credo dans une réflexion théologique cohérente et dans une quête spirituelle authentique. Mon temps limité ce matin m’empêche malheureusement de présenter la pensée d’Augustin et de Thomas, même si ceux-ci ont énormément influé sur la pensée de Lonergan.

Dans son effort pour comprendre la signification des affirmations sur la Trinité, Lonergan part de ce qui été révélé et de ce qui peut être vérifié dans la conscience humaine5.

À l’instar de Thomas d’Aquin, Lonergan fait appel aux présentations dans le Nouveau Testament de la mission du Christ et de celle de l’Esprit Saint. Les premiers chrétiens ont reconnu dans la vie, dans l’enseignement, dans la mort et dans la résurrection de Jésus, l’action unique de Dieu qui envoie son propre Fils pour apporter le salut et la réconciliation au monde. Les Actes des Apôtres attestent que les premiers chrétiens se sentaient sous la mouvance de l’Esprit de Dieu lui-même, agissant mystérieusement au sein de leurs communautés6 et dans le monde. Certes les missions ainsi décrites constituent pour les chrétiens de nouvelles réalités historiques, mais rappelons qu’elles ne sont pas nouvelles pour Dieu car celui-ci n’est pas limité par le temps7. L’envoi par Dieu de son Fils dans le monde a fait que Jésus Christ est devenu notre clé pour comprendre Dieu, car Dieu seul possède la connaissance de Lui-même éternellement.

Les missions du Fils et de l’Esprit révèlent le Dieu trinitaire, car à part le Père, le Fils et l’Esprit, il n’a pas de personne divine avec laquelle nous pouvons entretenir une relation puisée et consommée dans l'amour8. De plus, ces missions suggèrent quelles sont les relations que les personnes divines peuvent avoir entre elles9.

Comment peut-on affirmer qu’il y a trois personnes divines en un seul Dieu? Si on affirme que le Fils vient d’Autrui et que le Fils est vraiment Dieu, il semble qu’on soit devant une contradiction car Dieu ne peut venir d’Autrui. De même, si on affirme qu’il y a une différence entre la façon que l’Esprit Saint vient d’Autrui (car il procède) et la façon que le Fils vient d’Autrui (car il est engendré), il semble qu’on soit devant une contradiction car il ne peut y avoir une différence en Dieu. Pour résoudre ces difficultés, Lonergan a recours à une analogie psychologique10 fondée sur le fonctionnement dynamique de la conscience intentionnelle humaine11. Sous l’influence de Lonergan, le père Raymond Bourgault s.j. en fera de même dans ses exposés sur le dogme de la Trinité, pour des groupes d’étude de la Bible, qui se réunissaient à Montréal dans les années quatre-vingt.

Je vous propose de prendre le tableau qui vous a été remis au début de ma présentation.

Regardez la ligne qui commence avec « 2. Conscience intellectuelle ». Vous noterez que « concept » 2C émane (ou procède) d’une saisie (insight) 2B. Même chose au niveau « 3. Conscience rationnelle » : le jugement de réalité 3C découle du soupesage des éléments de preuve 3B. Ce qu’il faut retenir est que B n’est pas identique à C. Ma conscience intellectuelle est « différente » si je procède de la saisie à la formulation d’un concept. Si je ne procède pas, je reste avec mon insight, ma saisie. Ma conscience rationnelle est « différente » si je procède à un jugement de réalité. Si je ne procède pas à un tel jugement, je reste dans les limbes, à l’étape où je n’ai plus de questions pertinentes12.

C’est ainsi avec les personnes divines : le Fils émane du Père; l’Esprit Saint émane du Père et du Fils ensemble. La personne divine qui émane n’est pas identique à celle d’où elle provient : le Fils n’est pas le Père; l’Esprit n’est pas le Père et le Fils13.

Notez aussi que cette émanation ou procession se réalise à l’intérieur d’une seule conscience : on passe du B au C sans obstacles, sans résistance, sans effort. Ainsi les personnes divines émanent l’une de l’autre, sans opération de causalité14, sans résistance, sans effort, à l’intérieur d’une seule conscience divine (désignée circumincession)15.

Regardons de nouveau la ligne qui commence avec « 2. Conscience intellectuelle ». Lorsqu’on tente de formuler un concept 2C, on vise à exprimer intégralement la saisie, l’insight 2B. Même chose au niveau « 3. Conscience rationnelle » : le jugement de réalité 3C exprime intégralement la suffisance ou l’insuffisance des éléments de preuve 3B. Ainsi la réalité du Fils, dans son intégralité, provient du Père16. La réalité intégrale de l’Esprit Saint provient du Père et du Fils.

L’émanation ou la procession n’ajoute rien à celui d’où il provient : 2C n’ajoute rien en soi à 2B. La perfection caractérisant celui qui émane est déjà entièrement présente dans celui d’où il provient : tout ce qui est en 2C est déjà présent en 2B. Ainsi les processions en Dieu ne sont pas des mouvements de l’imperfection à la perfection : le Père est parfait; le Fils est parfait; l’Esprit est parfait.

Si B et C ont le même contenu, il faut constater que B et C occupent une place différente l’un par rapport à l’autre. B et C ne sont pas identiques, nous l’avons dit. Ainsi chaque personne divine possède exactement la même substance divine, mais elles se distinguent l’une par rapport à l’autre par leur origine ou leur provenance. Le Fils provient du Père qui est à l’origine; l’Esprit n’est pas le Fils, car il provient du Père et du Fils ensemble. Ainsi Lonergan reprendra (à la p. 348 de Pour une méthode en théologie) les termes d’Athanase : « ce qui est vrai du Père l’est aussi pour le Fils, sauf que le Fils n’est pas le Père17 ».

Pour présenter le fonctionnement de l’analogie psychologique, j’ai choisi de faire référence aux opérations de la conscience intellectuelle (2B&C) et de la conscience rationnelle (3B&C)18. Mais Lonergan lui-même, suite au développement de sa pensée reflété dans Pour une méthode en théologie, a préféré se référer à la dynamique de la conscience existentielle, au quatrième niveau :

« L’analogie psychologique part donc de cette synthèse supérieure de la conscience intellectuelle, rationnelle et morale qui constitue l’état dynamique d’être en amour. Cet amour se manifeste dans ses jugements de valeur et ces jugements sont transposés en des décisions qui sont des actes d’amour. Telle est donc l’analogie qu’on trouve dans la créature.

Or, en Dieu, l’origine est le Père, que le Nouveau Testament appelle Theos, et qui est identifié à l’agapè (1 Jn 4, 8. 16). Cet amour s’exprime dans sa Parole, son Logos, son verbum spirans amorem, qui est un jugement de valeur. Le jugement de valeur est droit et fonde ainsi l’Amour-qui-procède, identifié à l’Esprit Saint. »

J’ai tenté de représenter la position de Lonergan à la ligne qui commence avec « 4. Conscience existentielle ». Notez qu’un jugement de valeur, pour Lonergan, énonce ce qui est (ou n’est pas) vraiment bien; il est en lui-même une réalité d’ordre moral19.

Au sujet des deux processions en Dieu, Lonergan déclare :

« ce ne sont pas des processus inconscients, mais conscients, aux points de vue intellectuel, rationnel, moral, comme le sont les jugements de valeur fondés sur les éléments de preuve perçus par quelqu’un qui aime, et comme le sont les actes d’amour fondés sur des jugements de valeur. »

Lonergan n’adhère aucunement à la position d’un théologien aussi influent que Karl Barth, pour qui la Trinité serait constituée de trois modes d’être20.

« Les deux processions fondent quatre relations réelles, dont trois sont réellement distincts entre elles. Ces trois relations ne sont pas seulement relations en tant que relations et, de ce fait, modes d’êtres; elles sont aussi subsistantes, et donc non seulement paternité et filiation, mais aussi Père et Fils. »

La doctrine de la Trinité, selon Lonergan, peut se résumer ainsi : chacune des trois personnes divines, « à sa manière propre et distincte, est le sujet de l’acte infini qu’est Dieu : le Père comme amour originel, le Fils comme jugement de valeur exprimant cet amour, et l’Esprit comme acte d’amour issu des deux premiers21. » La position de Lonergan reprend ainsi une des analogies qu’Augustin avait présentées dans son ouvrage sur la Trinité22, mais Lonergan, en situant les personnes divines à l’intérieur de l’unique conscience qu’est Dieu, évite le danger de trithéisme qu’avait conduit Augustin à rejeter une telle analogie.

Cet amour divin au sein de la Trinité se répand non seulement dans le monde (Jn 3, 16) mais aussi dans nos cœurs (Rm 5, 5). En plus de faciliter ces transformations intérieures aux plans religieux, moral, intellectuel et psychique, cet amour divin donne naissance à cette nouvelle connaissance qui est la foi23. De plus, l’amour divin rend possible un regard neuf sur les valeurs, dont celui « de la croyance dans les vérités enseignées par la tradition religieuse »24, c’est-à-dire les doctrines et dogmes de l’Église.

Au début de mon exposé, j’ai mentionné que pour Lonergan, les dogmes de l’Église, comme celui de la Trinité, constitueraient des conditions qui permettent aux croyants « de vivre dans un monde médiatisé par la signification. » Les dogmes réaffirmeraient et cristalliseraient la révélation divine et nous permettraient d’atteindre une compréhension, certes imparfaite et analogique, mais tout de même très fructueuse du Mystère25.

Certainement sa compréhension du Dieu trinitaire s’arrime avec sa conviction que nous avons besoin du don de l’amour divin pour sortir de notre faiblesse morale26 et de notre incapacité de réaliser un développement soutenu27. Cette faiblesse et cette incapacité correspondent aux déviations qui caractérisent les opérations de notre intentionnalité et qui nuisent à notre connaissance de la vérité et du réel et à notre volonté d’accomplir ce qui a de la valeur. L’accueil du don de cet amour divin -- révélé à l’Église et cristallisé dans son dogme sur la Trinité -- constitue alors la collaboration humaine à la solution divine au problème du mal.28

Cette conviction est au cœur non seulement de la pensée de Lonergan sur la rédemption, mais aussi de sa découverte (au cours des années qui ont suivi la publication de son ouvrage Pour une méthode en théologie) de la dynamique de la guérison, qui vient au secours de la dynamique de la créativité29. (Examinons le deuxième tableau, sur la feuille que je vous ai distribuée.)

Le dogme de la Trinité, selon Lonergan, communique la réalité -- comprise imparfaitement et par analogie -- de l’amour divin

« qui guide l’homme dans l’univers et s’exprime à travers le culte. Là où la haine ne voit que du mal, l’amour révèle des valeurs; … Là où la haine renforce les déviations, l’amour les dissout, qu’elles soient liées à nos motivations inconscientes, à notre égoïsme individuel ou collectif, ou aux illusions de notre sens commun myope. Là où la haine tourne en rond en cercles vicieux de plus en plus étroit, l’amour brise les chaines des déterminismes psychologiques et sociaux, avec la conviction de la foi et la puissance de l’espérance30. »

C’est dans ce sens que les dogmes de l’Église, dont celui de la Trinité, nous aident à vivre et à nous épanouir dans un monde médiatisé par la signification et orienté vers ce qui a de la valeur ultime.

S’il est vrai qu’un dogme cherche à exprimer une réalité, est-ce que son expression en tant que dogme réussit à communiquer la dynamique de d’amour et de guérison qu’elle signifie? Pourquoi est-ce que les formulations dogmatiques réussissent si mal à nous atteindre et à nous transformer? Avons-nous raison d’exiger des manifestations concrètes de sa puissance transformatrice?

Certains répondront que la présentation du mystère des trois personnes divines en un seul Dieu nous guide dans notre prière, individuelle ou en communauté de foi. D’autres affirmeront qu’une telle présentation peut offrir des bases à une ecclésiologie de communion, et nous inspirer dans les relations à cultiver entre humains et avec le monde naturel.

Mais où est la pertinence de la Trinité pour nous aujourd’hui?


1 Dans sa conférence sur « La christologie aujourd’hui » (donnée à l’université Laval en 1975), Lonergan se montre fort critique à l’égard de ceux et celles qui estiment que les dogmes soient sans signification ou qui considèrent que, si les dogmes représentent une forme de pensée qui, à son époque, a eu du sens, cette époque est maintenant révolue. Il déplore le fait que certains « ne semblent pas s’arrêter à la notion même du dogme, à la notion selon laquelle des propositions peuvent être vraies ou fausses, et, selon qu’elles sont vraies ou fausses, ont ou n’ont pas de rapport avec le réel. » Les Voies d’une théologie méthodique, pp. 200 et 202.

2 Le Symbole d’Athanase affirme que l’adhésion à cette croyance est nécessaire pour quiconque veut être sauvé.

3 The Triune God: Doctrines, CWBL 11, pp. 7 & 9

4 Voir sur Youtube une bande dessinée, fort amusante, qui condamne les mauvaises analogies : https://www.youtube.com/watch?v=KQLfgaUoQCw

5 L’Insight, pp. 745-746; Pour une méthode en théologie, pp. 384-390

6 Non seulement dans le contenu de l’enseignement, mais aussi dans la prise de décision.

7 La christologie aujourd’hui, Les voies d’une théologie méthodique, p. 206 : « Père, Fils et Esprit sont éternels; leur conscience n’appartient pas au temps mais est éternelle; leur subjectivité n’est pas en devenir, mais elle est toujours elle-même. » Voir aussi l’Insight, à la p. 675.

8 Sur la signification du mot « personne », Lonergan déclarait dans une conférence donnée en 1961, « Nous entendons par personne un sujet qui non seulement connaît, mais qui en connaissant prend conscience du fait qu’il connaît; qui veut, et qui en voulant prend conscience du fait qu’il veut; qui choisit, et qui en choisissant prend conscience du fait qu’il choisit; qui parle, et qui en parlant prend conscience du fait qu’il parle; qui promet et menace, et qui en le faisant en prend conscience; qui est fidèle, juste et miséricordieux, et qui en l’étant prend conscience de sa fidélité, de sa justice, de sa miséricorde. Voilà ce qu’est la personne comme sujet. » Consciousness and the Trinity, Philosophical and Theological Papers 1958-1964, CWBL 6, à la pp. 125-26. (Ci-après, Consciousness and the Trinity)

9 The Triune God : Systematics, CWBL 12, pp. 307-421

10 Lonergan rappelle que nous ne pouvons savoir si Dieu est en fait conscient de façon dynamique. L’analogie psychologique ne constitue que la meilleure explication que la raison humaine peut offrir pour réconcilier l’affirmation de l’unicité de Dieu avec celle de l’existence des trois personnes divines.

11 « Peut-on dire d’une façon intelligible qu’une même conscience divine est le siège de trois sujets distincts et conscients? Je crois que oui, à condition de prendre au sérieux l’analogie psychologique des processions trinitaires; à condition également de suivre le raisonnement qui va des processions aux relations et des relations aux personnes; à condition enfin de penser la conscience de façon analogique. » La christologie aujourd’hui, Les voies d’une théologie méthodique, p. 205.

12 L’Insight, à la p. 334. Pour une méthode en théologie, à la p. 194.

13 «Il y a un seul acte, mais il y a une distinction parce que les trois personnes possèdent la même conscience différemment : le Père est Dieu d’une manière analogue à la saisie d’éléments de preuve suffisants qui nécessitent qu’un jugement soit porté; le Fils est Dieu dans la même conscience mais cette fois une conscience analogue à celle de la dépendance du jugement par rapport à la saisie d’éléments de preuve suffisants; l’Esprit Saint est la même conscience d’une troisième manière, soit comme la dépendance de l’acte d’amour par rapport à la saisie d’éléments de preuve suffisants et à l’affirmation rationnelle. La même conscience est possédée différemment par trois personnes.» Consciousness and the Trinity, à la p. 135.

14 The Triune God : Systematics, CWBL 12, pp. 765 et 773.

15 « Nous pouvons dire ‘trois personnes’ signifier trois sujets conscients, c’est-à-dire utiliser le terme conscience pour les trois sujets. » Consciousness and the Trinity, à la p. 132. Pour mieux saisir la signification du mot « conscience » chez Lonergan, se référer à The Ontological and Psychological Constitution of Christ, CWBL 7, à la p. 157.

16 Sur la divinité du Fils, Lonergan contraste le réalisme naïf de Tertullen avec le réalisme critique du Concile de Nicée : « Tertullian n’a jamais nié la divinité du Fils, mais il n’attribuait pas aux Fils les mêmes propriétés qu’au Père. Le Père est éternel, le Fils est temporel. Le Père donne des commandements, le Fils les exécute. Peut-être… le Père est le tout, et le Fils, une partie dérivée. Le fait que les mêmes prédicats ne sont pas attribués au Fils que ceux reconnus au Père ne présentait aucune difficulté pour Tertullien car, à son avis, le Fils était divin parce qu’il était fait de la même substance que le Père. La divinité dépend de la substance dont vous êtes fait. Cette notion de la divinité cadre parfaitement avec le premier sens de la réalité. Selon la formule de l’homoousios de Nicée, cependant, le Fils est divin parce que les prédicats attribués au Père peuvent lui être attribués aussi, sauf le nom ‘Père’. Cette notion de la divinité cadre avec la notion de la réalité en termes de ens, de id quod est et de id quod non est. L’homoousios est conçue en termes de ens, de in quod est, de l’identité des prédicats. Selon cette norme, Tertullien n’a pas reconnu convenablement la divinité du Fils. Et la différence entre Tertullien et Nicée sur ce point tient de la différence entre deux notions de la réalité… » Consciousness and the Trinity, à pp. 129-30.

Sur cette différence capitale, voir aussi The Origins of Christian Realism, Philosophical and Theological Papers 1958-1964, CWBL 6, à la p. 91: « Pour Tertullien (et non pas seulement Tertullien, bien sûr; le même type de pensée, ce réalisme naïf, a cours chez tous les auteurs de l’Église occidentale, et chez bon nombre d’auteurs de l’Église orientale également) le Fils est divin parce qu’il est fait de la même matière, de la même substance que Dieu le Père. Qu’il vienne tôt ou tard, qu’il soit subordonné ou non, ne fait aucune différence : il est divin tout de même parce qu’il est fait de la substance appropriée. Et c’est là une signification possible de ‘consubstantiel’. Par contre, si vous tenez le réel pour ce qui est connue par une affirmation vraie, alors le Fils est Dieu si vous affirmez les mêmes choses à propos du Fils qu’à propos du Père. La différence tient à la différence entre deux réalismes. Une chose est-elle réelle à cause de la substance, de la matière, dont elle est-faite – est-ce cela qui en fait une réalité, est-ce par contact avec cette réalité que nous connaissons le réel? Ou le réel est-il ce que vous connaissez lorsque vous affirmez en vérité? Il y a une antithèse entre deux significations du mot ‘réalisme’, une antithèse fondamentale, et il y a une transition historique de l’une à l’autre si vous suivez l’évolution de la théologie chrétienne au cours des premiers siècles. »

17 À plusieurs endroits, Lonergan réfère au texte de la préface de la Messe du dimanche de la Trinité : « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très Saint, Dieu éternel et tout-puissant. Avec ton Fils unique et le Saint-Esprit, tu es un seul Dieu, tu es un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l’unité de leur nature. Ce que nous croyons de ta gloire, parce que tu l’as révélé, nous le croyons pareillement, et de ton Fils et du Saint-Esprit : et quand nous proclamons notre foi au Dieu éternel et véritable, nous adorons en même temps chacune des personnes, leur unique nature, leur égale majesté. »

18 Dans une conférence que Lonergan a donnée en 1963, il fait appel à la dynamique de la conscience rationnelle. Voir Consciousness and the Trinity, à la p. 135. La dynamique de la conscience intellectuelle ne s’applique pas à Dieu, car l’occasion d’une saisie ou d’un insight ne peut exister chez Dieu, qui comprend tout, à tout moment, éternellement.

19 Pour une méthode en théologie, à la p. 52.

20 Consciousness and the Trinity, à la p. 124 et aussi aux pp. 140-41.

21 La christologie aujourd’hui, Les voies d’une théologie méthodique, p. 206.

22 De Trinitate, 8.14; 9.2; 15.10.

23 Pour une méthode en théologie, à la p. 138.

24 Pour une méthode en théologie, à la p. 278.

25 « La révélation divine nous parvient médiatisée par la signification transmise par la tradition, traduite à partir de langues anciennes, parfois clarifiée, parfois déformée par la compréhension humaine, réaffirmée et cristallisée dans des dogmes, signification toujours renouvelée dans la grâce et l’amour de Dieu. » La christologie aujourd’hui, pp. 188-89. Sur le lien nécessaire entre dogme et vérité, entre le signifiant et le signifié, voir The Dehellenization of Dogma, A Second Collection, à la p. 15 et seq.

26 L’insight, à la p. 641

27 L’insight, à la p. 644.

28 La solution au problème du mal sera efficace « non pas en supprimant les conséquences des égarements de l’être humain, mais en introduisant une intégration nouvelle et supérieure, permettant à l’être humain, s’il le veut, de s’élever au-dessus de ces conséquences, … pour résoudre perpétuellement l’irrationnel objectif des situations sociales en opposant à l’abondance du mal une diffusion plus généreuse du bien. » L’insight, à la p. 736

29 « La guérison… doit aller de pair avec un processus créateur. De même que celui-ci, si la guérison ne l’accompagne pas, est faussé et corrompu par les déviations, de même le processus de guérison, si la

30 « Créativité, guérison et histoire », à la p. 234. Voir aussi La christologie aujourd’hui, p. 186.



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