Entretiens
Entrevue avec A. Roger Dikebelayi Maweja

 

Sa thèse de doctorat, à l’Université catholique du Congo,
portait sur « La rationalité théologique d’après T. Tshibangu et B. Lonergan ».
Prêtre de l’archidiocèse de Kananga, il est recteur du Grand Séminaire
Theologicum Christ-Roy de Malole.
Il a publié notamment
L’herméneutique théologique africaine. Analyse de quelques courants (2019).

 

Pouvez-vous nous parler de vos origines et de votre formation scolaire?

Né le 9 janvier 1971, originaire de Kabwe dans la province du Kasaï Occidental, je suis quatrième fils d’une famille de neuf enfants.

J’ai fait mes études primaires à l’Ecole Primaire Mukundayi I et le Cycle d’orientation d’alors à Bupole. J’ai continué mes études secondaires au Petit séminaire Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Kabwe en vue de devenir prêtre. Il faut dire que ma rencontre avec un prêtre Hollandais qui venait dire la messe en français pour les élèves du C.O. a été très déterminante dans mon choix de vocation. J’étais séduit par sa manière de célébrer la messe et m’étais décidé de faire un jour comme lui.

Ayant obtenu mon diplôme d’Etat en 1989, je suis entré au Philosophat Jean-Paul II de Shapembe. Après trois ans de philosophie, j’ai fait mes études théologiques de 1992 à 1996 au Grand séminaire Christ-Roi de Malole. Au bout de mes quatre ans de théologie et après une année de stage, je fus ordonné prêtre le 31 août 1997 dans l’Archidiocèse de Kananga. Après quatre ans d’apostolat au diocèse, j’ai été envoyé poursuivre mes études de théologie aux Facultés Catholiques de Kinshasa, actuellement Université Catholique du Congo. En 2003, j’ai obtenu ma licence en théologie. Après une licence en théologie (2003) et les deux ans d’études approfondies (DEA), le 23 janvier 2012, j’ai soutenu, avec mention grande distinction, ma thèse de doctorat portant sur ce thème : « La rationalité théologique d’après Th. Tshibangu et B. Lonergan. Étude comparative et nouvelles perspectives ».

Comment avez-vous été initié à la pensée de B. Lonergan ?

C’est en 2005 que je suis entré en contact avec la pensée de B. Lonergan ; un fait presque du hasard, mais providentiel et déterminant pour mes recherches doctorales ultérieures. En effet, épris par le besoin de redynamisation du discours théologique africain en vue de le rendre pertinent pour notre temps, en licence, j’ai travaillé sur « La théologie africaine comme herméneutique. Analyse de quelques courants ». Au troisième cycle, pour mon DEA (diplôme d’études approfondies), j’ai fait mes recherches sur la pensée de Th. Tshibangu portant sur ce thème : « L’épistémologie théologique d’après Th. Tshibangu ». Alors que je devais commencer les recherches doctorales proprement dites après le DEA, mon directeur, le Professeur A. Léonard Santedi, me suggéra, en vue d’enrichir davantage notre école théologique sur la question de méthodologie théologique, de comparer Th. Tshibangu à un autre auteur qui a traité du même thème. Lui-même me demanda avec un peu d’hésitation d’aller voir un certain B. Lonergan qui aurait écrit un ouvrage important sur la méthodologie théologique.

Après notre entretien, je suis allé directement à la bibliothèque et j’ai trouvé l’ouvrage en question intitulé « Pour une méthode en théologie » (version française). Ce fut une joie énorme pour moi. Je suis rentré voir mon directeur pour lui dire que la mission était accomplie ; je devais comparer Th. Tshibangu à B. Lonergan. Une décision quelque peu précipitée, car je ne savais pas qui était B. Lonergan et combien ça me coûterait de lire un auteur, sinon un savant comme lui, d’autant plus qu’à notre bibliothèque, il n’y avait que le seul ouvrage sur sa méthode.

Pouvez-vous nous parler de vos études en Belgique ?

Je suis arrivé en Belgique pour la première fois en mai 2006. J’y ai fait trois mois. C’était un séjour de recherche scientifique à l’Université Catholique de Louvain (UCL). En fait, je faisais ma thèse à l’actuelle Université Catholique du Congo (UCC) en Collaboration avec l’Université Catholique de Louvain. J’étais dirigé par le Professeur Léonard Santedi, l’actuel Recteur de l’UCC et codirigé par le Professeur Benoît Bourgine de l’UCL. Pour cela, je devais séjourner en Belgique. J’ai fait au total quatre séjours de recherche à Louvain-la-Neuve. C’était un grand moment parce que c’était l’occasion pour moi, non seulement de travailler avec mon codirecteur et de travailler à la Bibliothèque, mais aussi de participer à des colloques, de rencontrer des sommités scientifiques dont j’avais déjà entendu parler ou que j’avais connues à travers leurs écrits.

Ces séjours m’ont permis d’aller à l’Université Grégorienne où B. Lonergan avait enseigné pendant plusieurs années. A la Grégorienne, j’avais l’occasion de rencontrer le Professeur Rosanna FINAMORE, l’une des spécialistes de la pensée de B. Lonergan. Durant mes séjours, j’avais également travaillé à la Bibliothèque de l’Université de Louvain et de l’Université Saint-Louis de Bruxelles. Je signale également que ces séjours m’ont permis de lire la plupart des écrits de et sur B. Lonergan.

Parlez-nous de l’influence de Bernard Lonergan dans votre pays

B. Lonergan est l’un des grands penseurs du vingtième siècle. Cependant, il reste mal connu dans mon pays. L’une des causes, c’est que la République Démocratique du Congo est un pays francophone alors que la plupart des écrits de B. Lonergan sont édités en anglais. L’accès à sa pensée devient ainsi difficile.

Aujourd’hui, il faut compter trois travaux sérieux sur ce penseur. Une thèse publiée du Père Ferdinand Mihigirwa (Les deux voies du développement humain selon B. Lonergan), une thèse publiée de moi-même (La rationalité théologique d’après T. Tshibangu et B. Lonergan) et une thèse publiée du Père Godefroid Mombula (Human community and dialect in the thought of Bernard Lonergan). Personnellement, au Grand Séminaire où j’enseigne depuis six ans passés, j’initie les étudiants à la pensée de B. Lonergan. Ils sont toujours émerveillés de découvrir ce savant. Moi-même, en travaillant sur sa christologie actuellement, je découvre énormément des choses.

C’est sûr que dans quelques décennies, B. Lonergan aura une grande influence dans mon pays, évidemment par les recherches de ceux qui s’intéressent déjà à sa pensée.

 

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