Entretiens
Entrevue avec
Shigekazu Yanagimachi

 

Shigekazu YANAGIMACHI est candidat au doctorat au Collège dominicain de philosophie et de théologie d'Ottawa. Il a découvert l'œuvre de Lonergan à l'Université Sophia, à Tokyo, où il a présenté un mémoire de maîtrise sur Descartes et Lonergan.

 

Vous avez fait des études de philosophie à Tokyo ... Et c'est là que vous avez découvert Lonergan. Vous étiez étudiant à l'Université Sophia?

J'ai étudié d'abord à l'Université de Saïtama. Saïtama est une agglomération au nord de Tokyo. L'Université est une université nationale.  J'ai commencé à étudier à l'Université de Saïtama en 1987.

J'étais étudiant en « liberal arts », comme on dit ici. Ma famille vit près de Saïtama. J'ai commencé à apprendre le français à  l'âge de quinze ans. À l'Université, j'ai suivi un cours de littérature française. J'ai fréquenté l'Université de Saïtama pendant cinq ans. Quatre ans au premier cycle et un an au deuxième cycle.

Je n'étais pas catholique à cette époque. Mais j'ai commencé à fréquenter une église protestante à l'âge de dix-neuf ans.

J'étais au département de littérature française. J'ai rencontré un professeur qui était spécialiste de Descartes et de Pascal. Ce professeur, assez connu au Japon, s'appelle Katsuhito. J'ai suivi ses cours pendant deux ans. J'ai lu ses ouvrages. J'ai rédigé un mémoire de fin de premier cycle sur Descartes et Pascal. Mon mémoire, présenté en 1991, s'intitulait : « La lumière naturelle et la lumière de la grâce dans l'étude de la vérité chez Descartes ».

J'ai réussi le concours d'entrée au deuxième cycle à l'Université de Saïtama. J'ai rencontré là un professeur qui était spécialiste de Husserl. À son séminaire, nous avons abordé la pensée de Lévinas. Un autre professeur était spécialiste de Kant. J'ai suivi le séminaire sur l'esthétique. Je n'étais pas vraiment satisfait de ces études de deuxième cycle et je cherchais d'autres possibilités.

J'ai commencé à fréquenter l'église Saint-Ignace, une église des jésuites, près de l'Université Sophia. J'ai commencé à m'initier à la Bible avec un jésuite japonais. Je ne pensais pas à la possibilité d'aller étudier à l'Université Sophia à cette époque-là.

À la veille de Noël 1991, j'écoutais Beethoven ...

 

Vous écoutiez quelle œuvre?

La cinquième ou la neuvième symphonie. Je pense que c'était la neuvième.

Tout à coup, j'ai eu l'idée de passer le concours d'entrée à l'Université de Sophia. Je suis allé le jour de Noël à l'Université de Saïtama pour chercher les documents nécessaires à cette démarche. Je me suis présenté à ce concours en février.

Je suis allé à la librairie pour me préparer. J'ai parlé à mon professeur de l'Université de Saïtama qui était spécialiste d'Honoré de Balzac. Il m'a dit : tu ne pourras pas réussir le concours d'entrée de l'Université Sophia. Il est très difficile. Je me suis préparé en lisant une histoire de la littérature française. J'ai réussi l'examen.

J'ai étudié Descartes d'abord avec le professeur Tanaka, qui a publié un ouvrage sur ce philosophe. En avril 1992 j'ai commencé à fréquenter l'Université Sophia. J'ai été baptisé le 18 avril, la veille de Pâques. C'était un nouveau départ pour moi.

J'ai suivi à l'Université Sophia des séminaires sur Pascal, sur Paul Claudel, sur le romantisme et sur le théâtre.

L'année suivante j'ai découvert Lonergan. Au Japon l'année scolaire commence en avril et se termine en mars; les cours se terminent à la fin janvier.

J'ai choisi le séminaire sur Platon et Aristote du P. Perez-Valera en avril 1993. Je suis allé le voir. Je lui ai demandé la permission d'assister à son séminaire. Il m'a dit : vous ne devriez pas assister à ce séminaire, qui est un peu trop élémentaire. Vous devriez assister plutôt au cours du mardi matin, sur la méthode de la philosophie.

Je suis allé assister à ce séminaire, qui était un cours d'introduction à la pensée de Lonergan.

 

Le cours se donnait en japonais?

Oui.

 

Mais il n'y a pas de texte de Lonergan traduit en japonais?

Si. Le P. Perez-Valera a rédigé une introduction dans laquelle il a inséré des extraits de textes.

 

Une sorte de Lonergan Reader en japonais?

Pas vraiment. Il utilise des passages de Lonergan. Il utilise des passages pour les débutants. Un extrait de « The Subject », par exemple.

 

Est-ce que ce cours vous ouvrait des horizons nouveaux?

Il traitait des questions fondamentales de la philosophie. Il parlait de Socrate. De l'introduction de la définition par Socrate. Socrate essaye de définir le sujet moral, etc. Ensuite le P. Perez-Valera expliquait ces questions à la manière de Lonergan.

Je suis allé acheter « Understanding and Being ». Il y a une librairie qui s'appelle la Librairie Enderle près de l'Université Sophia, près de la gare. C'est là que j'ai acheté ce livre. Plus tard, j'ai commandé là la traduction française d'Insight.

 

Vous avez donc suivi en 1993 un cours d'introduction à Lonergan. Et maintenant vous êtes au Canada, en train de poursuivre des études de doctorat sur la pensée de Lonergan. Le cours de 1993 a donc dû avoir un effet déterminant ...

J'ai suivi ce cours pendant une année. Il y a eu deux examens. Le P. Perez-Valera est très sévère. Mais j'ai obtenu de bonnes notes.

Normalement, la maîtrise dure deux ans. Mais j'ai décidé d'y consacrer trois ans. Parce que je n'étais pas bien préparé. Je cherchais un sujet de mémoire. Un jour, je marchais pour rentrer chez moi. Normalement je prenais le train pour me rendre à l'université. J'ai pensé établir des liens entre Descartes et Lonergan. L'année suivante, j'ai rédigé mon mémoire. Mon directeur était Tanaka, un spécialiste de Descartes.

 

Y a-t-il beaucoup de gens qui suivent le cours du P. Perez-Valera?

À ce moment-là, une trentaine ou une quarantaine. 

Le P. Perez-Valera insistait sur l'importance de Lonergan. Il affirmait qu'il était nécessaire d'étudier sa pensée.

 

Ce cours était une initiation générale? Avez-vous parcouru Insight?

Il enseignait toujours avec son manuel. Il n'exigeait pas que nous lisions des textes de Lonergan, qui auraient été trop difficiles pour des débutants. Il n'y avait pas d'autres textes disponibles en japonais.

Il faisait des liens avec la littérature japonaise. Par exemple, il y a un livre très important, Tsurezuregusa, un classique. Il montrait que nous pouvions interpréter ce livre à la manière de Lonergan. Il nous suggérait d'appliquer Lonergan à différents secteurs d'intérêt, la pédagogie, par exemple. Il a proposé à quelqu'un de réécrire l'œuvre de Confucius à la manière de Lonergan.

 

Vous avez donc fait la maîtrise?

Après les cours, j'ai commencé à lire Understanding and Being et à étudier les Méditations métaphysiques de Descartes. J'ai cherché à établir des liens, surtout épistémologiques, entre Lonergan et surtout la 4e méditation.

J'ai présenté ce mémoire de maîtrise en 1995. L'année 1995 a été une année très difficile pour le Japon. Il y a eu le tremblement de terre à Kobé et l'attentat commis par la secte Aum. Ces événements ont déclenché un pessimisme général.

Après la maîtrise, j'ai réussi le concours d'entrée pour aller au troisième cycle. J'ai continué à étudier Descartes et Lonergan. J'ai aussi assisté à un cours sur le romantisme européen.

Au Japon, le troisième cycle en général se termine sans rédaction de thèse. Il n'y avait pas de doctorat traditionnellement. On commence maintenant à remettre des doctorats.

De 1995 à 1998, j'ai poursuivi ces études. J'ai continué de fréquenter le P. Perez-Valera. J'ai lu des textes de Lonergan, dont L'insight. J'ai publié deux articles, dans la revue de l'Université Sophia, en 1997 et 1998.

J'ai présenté un article sur Descartes et Lonergan en février 1998 devant les étudiants et les professeurs.

Je suis allé en France en mars 1998. Mon projet était d'aller étudier le français à Tours, à l'Institut de Touraine. J'ai réussi les examens de français de la République française. J'ai donc pensé que je pouvais aller à l'université sans faire un stage d'apprentissage du français.

J'ai donc écrit au P. Frederick Crowe, à l'Institut Lonergan, à Toronto. Je voulais étudier Lonergan en France. Le P. Crowe m'a répondu qu'il serait sans doute difficile de trouver un spécialiste de Lonergan en France. Il m'a parlé de Kenneth Melchin. J'ai trouvé le Lonergan Web Site. Je n'avais pas d'ordinateur, alors j'ai envoyé par la poste une lettre à Peter Monette et Paul Allen. Ils m'ont envoyé des renseignements sur l'Université Saint-Paul. J'ai aussi écrit à M. Melchin, pour lui demander si je pouvais étudier la philosophie de Lonergan à l'Université Saint-Paul. Il m'a répondu que malheureusement il n'y avait pas de programme de philosophie à l'Université Saint-Paul. Il m'a suggéré l'Université d'Ottawa ou le Collège dominicain de philosophie et de théologie.

Je suis allé en France. Puis je suis retourné au Japon. Le voyage en France était ma première expérience à l'étranger. Je suis allé à Paris, à Tours, à Chartres et à Orléans. Au cours d'un autre voyage je suis allé également à Nantes.

Je suis venu à Ottawa le 31 août 1999. J'ai rencontré M. Melchin. Je lui ai expliqué mon intention. J'ai commencé à rencontrer des spécialistes de Lonergan. Je suis allé à Toronto, puis à Boston. J'ai rencontré le professeur Michael Vertin et le P. Frederick Crowe. À Toronto, j'ai rencontré une étudiante japonaise qui étudiait Lonergan. Elle préparait un mémoire sur l'inculturation au Japon. J'ai aussi rencontré un étudiant au doctorat.

J'ai rencontré le directeur de la faculté de philosophie du Collège dominicain de philosophie et de théologie d'Ottawa. Il m'a dit de présenter un résumé de mon mémoire de maîtrise.

 

Vous avez suivi un cours de M. Melchin?

Oui, en 1999.

 

Donc vous avez été au Collège dominicain en 1998 et vous avez prévu étudier là?

Oui.

Je suis retourné au Japon en janvier 1999. Mais j'ai eu du mal à trouver un emploi. J'ai été choqué de revoir la ville de Tokyo.

En mai 1999, j'ai décidé de revenir au Canada. J'ai pensé prendre une année à l'Université Saint-Paul avant de commencer mes études doctorales.

J'ai suivi un cours bilingue donné par K. Melchin sur Lonergan. Nous avons commencé par Insight.

 

Pour revenir au Japon, vous avez mentionné qu'il y a au Japon un cercle de personnes qui s'intéressent à la pensée de Lonergan ...

Oui. En août 1999 s'est tenue une réunion d'étudiants et de professeurs, à Nagano. Une femme, a obtenu un doctorat en théologie à Boston College, enseigne à l'Université Seisen.

Nous sommes donc allés donc à cette université.

Il y avait un jésuite japonais de l'Université Sophia qui enseigne à Nagano. Il y a une étudiante qui a étudié les mathématiques à l'Université nationale de Niigata. Il y avait deux autres étudiantes, dont une fréquentait la faculté de théologie de Sophia, et un professeur de l'Université nationale, près de Kyoto, qui est spécialiste de Montessori, et qui a étudié en France.

 

Est-il question de réaliser des traductions en japonais?

À cette réunion, un prêtre japonais a proposé de commencer une traduction. L'étudiante qui a étudié en mathématiques à l'Université nationale de Niiagata a commencé de traduire avec le P. Perez-Valera les cinq premiers chapitres d'Insight.

J'ai lu aussi quelque part que quelqu'un voulait commencer à rédiger de petits ouvrages d'introduction à Lonergan ...

Il semble que le P. Perez-Valera songe à écrire un manuel en japonais pour offrir aux étudiants japonais une introduction à Lonergan.

 

Y a-t-il des choses publiées?

J'ai entendu dire que le P. Perez-Valera avait publié un livre l'année dernière.

 

Quels sont vos projets après le doctorat?

Si possible, j'aimerais enseigner. Mais au Japon, c'est assez compliqué.

 

Vous avez participé au Lonergan Workshop de Boston l'an dernier?

J'y ai rencontré un tas de gens très intéressants. Des gens venus des États-Unis, du Canada, de l'Angleterre, de l'Irlande, de l'Italie, du Japon aussi.

 
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© 2001-2005 Pierrot Lambert  | dernière mise à jour le 1er août 2005
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