Gaston Raymond (1932-2016)
Hommage à Gaston Raymond, dominicain

 

Louis Roy

La carrière de Gaston se divise en deux parties : professeur en philosophie au Collège universitaire dominicain et professeur en théologie à l’Institut de pastorale de ce même Collège.

Au cours des années 1960, il fut un excellent guide dans la lecture et la compréhension du livre de Bernard Lonergan, intitulé Insight. La matière de ce long cours, qui allait de septembre à juin, recouvrait à la fois l’épistémologie et la métaphysique. Avant de suivre ce cours de Gaston, je lui avais demandé : « Croyez-vous qu'on peut dépasser le relativisme ? » Le relativisme, je l'avais trouvé dans la sociologie de la connaissance ; celle-ci laisse entendre que dans n’importe quel domaine, la pensée humaine qui s’y développe est tout à fait déterminée par les circonstances qui l’influencent. Je ne croyais donc pas que l'on puisse parler d'une vérité objective et cela me rendait mal à l’aise dans ma foi.

Gaston m'avait répondu, avec beaucoup de simplicité et de modestie : « Oui, on peut dépasser le relativisme. » Je me rappelle que j’avais apprécié la brièveté de sa réponse. Il n'a pas essayé de m'expliquer en cinq minutes un problème qui demande une démarche approfondie. Cette démarche était celle du grand livre Insight. D’après Lonergan, l’exercice raisonnable d’un jugement appuyé sur un insight et attentif aux données n’est pas un souhait impuissant à propos de la vérité, car cet exercice nous permet vraiment de rejoindre la réalité, souvent avec un haut degré de probabilité, et parfois même avec une certitude totale, comme dans le cas des quatre niveaux de l’intentionnalité humaine, qu’on doit utiliser même quand on essaie de les rejeter ! (Voir Pour une méthode en théologie, p. 30-33.)

Tout en reconnaissant une pluralité de perspectives, il est donc possible de ne pas rester enfermé dans un relativisme. J'ai trouvé cette position de Lonergan, telle qu’expliquée par Gaston, libératrice intellectuellement et ce réalisme critique m'a fait changer d'idée. Plus tard dans ma réflexion, j’ai remarqué les propos de Lonergan sur l’antithèse du relativisme, à savoir le classicisme, et j’ai élaboré une réfutation détaillée de deux attitudes extrêmes : le relativisme et le classicisme, tout en montrant comment le réalisme critique résout le problème.

En 1977, Gaston devint professeur à l’Institut de pastorale. Auprès de ses collègues et de ses étudiants, il y fut grandement apprécié dans son rôle d’éveilleur, en soulevant de multiples questions et en esquissant de nombreuses pistes de réflexion. On pourrait l’appeler « Monsieur Insight », car dans son cerveau parfois enfiévré, les intuitions intellectuelles fusaient, comme en feux d’artifice.

Résolument engagé dans la catéchèse biblique symbolique – une méthode élaborée par Claude et Jacqueline Lagarde –, il y voyait, à juste titre, une manière d’interpréter la Bible qui mettait l’accent sur les insights. Un jour, au cours d’un samedi Lonergan à Montréal, il nous présenta les ressemblances entre la méthode de Lonergan et celle de la catéchèse biblique symbolique. (Voir « Catéchèse et authenticité », par Gaston Raymond.) Dans son esprit, les deux approches allaient de pair.

 

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